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Api 23 2010

Ostiraleko Artikuluak : 2010ko apirilaren 23ko hautua!

Lettre de Jean-Marc Jancovici
Jean Marc Jancovici
Chers lecteurs(trices) occasionnel(le)s de mes états d’âme, ceux(celles) qui liront jusqu’au bout étant évidemment plus cher(e)s que les autres.
On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, dit un proverbe bien connu. Je ne sais si l’histoire retiendra que nous avons collectivement été des ânes, mais à coup sûr les élus UMP ont considéré que, avec la limitation des votes pour leur étiquette politique à 20% des inscrits, nous n’avions pas eu assez soif de taxe carbone.
Etait-ce une bonne idée d’avoir (provisoirement j’espère) remisé cette novation au placard, alors que nous étions passé à un cheveu (si si, il en reste quelques uns à Giscard et Debré) de la voir apparaître dans la loi de finances 2010 ?
• non, avait dit avec 6 ans d’avance Marcel Boiteux en 2004, et non, a dit Patrick Artus avec une semaine d’avance le 16 mars 2010, ce qui a justifié que je fasse un “update” de ma page “kikadissa?” :
• non, pense votre serviteur (quelle surprise !), dans une tribune publié dans Les Echos qui explique que nous allons payer de toutes façons, mais beaucoup trop et pas au bon destinataire si nous évitons la taxe chez nous;
• non, pense toujours votre serviteur quand il se lâche à Terra Eco;
• non, persiste à penser le même sur 3 jours on peut être constant ! – dans un entretien au Progrès de Lyon;
• non, etc etc, dans une tribune parue dans Metro, où la règle du jeu était de tout dire en 2200 caractères et pas un de plus;
• non, pensaient déjà Alain Grandjean et bibi dans un livre paru il y a un an (C’est Maintenant), qui vient de sortir en poche (7,5 euros, prix d’ami) et dont je vous livre, sans supplément aucun, la préface inédite à cette édition.
Une question en amenant une autre, on peut se demander combien ce désamour pour la taxe résulte du large écho que la presse a donné, et donne encore, aux arguments des individus dits “climatosceptiques”. Même si le sujet est propice à l’éruption cutanée (en particulier chez moi !), nous allons tâcher de procéder avec calme et méthode, comme disait je ne sais plus qui.
Tout d’abord, qui peut se targuer de porter haut les couleurs du “climatoscepticisme” ? J’ai actualisé mon petit tour d’horizon de quelques représentants de cette catégorie, dont la caractéristique principale reste plus l’aptitude à dire “c’est faux” pour appâter le journaliste (et le public) en mal de controverses qu’à utiliser la science que l’on apprend au lycée et au-delà.
Ensuite, nous oublions trop souvent qu’il n’y a pas d’irruption de qui que ce soit dans le débat public… sans media pour mettre en avant les points de vue concernés. Ont-ils raison de le faire, celles et ceux qui relaient Allègre et consorts, au nom du “droit au débat” ? Si nous sommes pour la réhabilitation des procédés utilisés pour la chasse aux sorcières, oui, mais sinon ça se discute… Lien.
Enfin dans un registre plus léger (encore que) j’ai fait un petit toilettage de mes pages sur le solaire; (les nouveautés concernent des éléments économiques et des courbes de charge) et l’éolien (la nouveauté majeure est une illustration de la dépendance au gaz russe qu’amènerait un déploiement significatif de l’éolien). Cela confirme que le photovoltaïque et l’éolien sont bien plus politiquement corrects que pertinents comme premiers réceptacles de l’argent public si nous voulons éviter la dépression économique par manque de ressources… Mieux vaut mettre sur pied un Plan Marshall du 21è siècle !
Ayant désormais concentré sur un seul envoi de quoi me faire des ennemis chez tout le monde, la prochaine fois il n’y aura que des bonnes nouvelles, promis !
Jean Marc Jancovici

L’éruption du volcan Eyjafjöll initie une pédagogie de l’après-pétrole
Utopia – 20 avril 2010 / http://www.reporterre.net/spip.php?article1085

Un phénomène naturel aura montré la fragilité de l’organisation mondiale du système économique fondé sur les échanges internationaux.
Cette « crise » éphémère préfigure ce que nous promet la fragilité d’un système d’échanges reposant sur l’exploitation sans limite du pétrole, ressource naturelle pourtant limitée. Elle révèle une nouvelle fois l’aveuglement et le court termisme d’un modèle économique mondialisé dont le seul moteur est le profit immédiat en même temps qu’elle nous donne à réfléchir sur le sens de cette organisation productiviste.
Fabriquer et produire loin au moindre coût, dans un système d’échange fondé sur la délocalisation, n’est possible qu’en sous-évaluant le coût réel et global du transport, et en exploitant le déséquilibre économique et social entre pays producteur et pays consommateur.
Une part importante des échanges internationaux se fait par voie aérienne. Il s’agit principalement des produits à forte obsolescence : les fruits, les légumes, les fleurs…
Sous l’effet de la suie, les roses et les haricots verts devront patienter au Kenya avant de retrouver nos étals de marchés.
Les conséquences mondiales d’un tel système sont désastreuses ! La délocalisation a totalement déstructuré les économies locales. Au delà de la casse industrielle dont sont victimes les ouvriers des bassins de production, elle est à l’origine de la paupérisation des peuples du sud privés volontairement de leurs moyens de subsistance.
70% des habitants de bidonvilles péri-urbains sont d’anciens paysans qui forment la masse corvéable des nouvelles usines ou champs de production agricoles du monde.
Plus, plus loin, moins cher, plus souvent, plus vite !
Un nuage de suie et ce sont plus de 16.000 vols qui sont annulés et 7 millions de passagers bloqués.
200 millions de dollars de pertes journalières pour les compagnies aériennes, et aussitôt une demande de soutien public autorisée par l’Union européenne ! Face à ce constat, nous ne soutiendrons pas les amoureux des safaris et autres plages exotiques qui auront dû « patienter » quelques jours avant de retrouver le soleil printanier de l’Europe. Un comble pour ces inconditionnels du consommer vite, loin, pas cher !
Cette logique est celle d’un système de croissance économique reposant sur la consommation et l’assouvissement immédiat de « désirs » devenus des « besoins » pour le seul bénéfice immédiat d’une minorité.
Ce volcan islandais pourrait ainsi être un bon augure.
Au delà du signal pédagogique qui préfigure l’ère de l’après pétrole, la pollution induite par ce phénomène naturel sera partiellement atténuée par l’annulation de plus de 16.000 vols. Plusieurs millions de litres de kérosène auront ainsi provisoirement attendu avant de produire les tonnes de CO2 susceptibles d’aggraver encore davantage le dérèglement climatique résultant principalement du caractère productiviste de l’économie mondialisée. Ce nuage, qui ne s’arrête pas aux frontières, pourrait ainsi n’être que la préfiguration d’autres catastrophes moins « naturelles ».
A l’heure du 24e anniversaire de l’explosion de Tchernobyl, nous devons interpeller nos modes de consommation et de production et rappeler l’urgence de la relocalisation.
Une alternative est possible et nécessaire. C’est le sens de l’action que le mouvement Utopia conduit au sein des partis de gauche et des organisations citoyennes pour construire et préparer le nécessaire dépassement du capitalisme.

Prôner la non-violence aux oppresseurs plutôt qu’aux opprimés ?
Jean-Marie Muller *, 28 septembre 2009

Une question revient de temps à autre, comme une provocation : « Pourquoi est-ce toujours aux opprimés que l’on conseille la non-violence ? Ne faudrait-il pas d’abord la prôner aux oppresseurs ? » Tout d’abord, convient-il de « conseiller la non-violence » aux opprimés ? Il importe de ne pas se positionner en donneurs de leçons car les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Convient-il ensuite de « prôner la non-violence » aux oppresseurs ? En réalité, peut-on jamais imaginer un oppresseur non-violent ? Certes, si les oppresseurs se convertissaient à la non-violence, il en serait à jamais fini de l’oppression. Mais pareille hypothèse relève de l’idéalisme le plus pur et ne sert à rien pour appréhender la réalité.
L’oppresseur porte la responsabilité première, primordiale, de la violence. Á n’en pas douter, l’oppresseur est le vrai fauteur de violence. Certes, il s’enferme obstinément dans une attitude de déni par rapport à sa violence. Sûr de son droit, l’oppresseur prétend n’utiliser que la force nécessaire pour se défendre contre la résistance de l’opprimé. Pour autant, puisque l’oppresseur est évidemment violent, la pure logique voudrait qu’on lui enjoigne d’être non violent. Mais au-delà de cette apparente logique, cette question est fondamentalement biaisée en ce sens qu’elle laisse entendre qu’on aurait affaire à deux groupes humains qui tiendraient, dans le conflit qui les oppose, des positions symétriques et auxquels, de ce fait, il serait possible de tenir le même langage en donnant les mêmes « conseils ». Évidemment, il n’en est rien.
Force nous est de nous rendre à l’évidence : si les opprimés peuvent choisir la non-violence en tant qu’opprimés, les oppresseurs ne sauraient la choisir en tant qu’oppresseurs. S’il est raisonnable pour les opprimés de choisir la non-violence pour résister à l’oppression, il est dans la nature des oppresseurs de choisir la violence pour maintenir leur oppression et l’histoire nous a appris qu’ils n’y renonceront pas de leur plein gré. Le choix de la non-violence par les opprimés a précisément pour but de contraindre les oppresseurs à renoncer à la violence de leur injustice.
L’oppression qui viole les droits fondamentaux de l’être humain en portant atteinte à sa dignité et à sa liberté ne peut que provoquer la révolte des opprimés et de tous ceux qui entendent s’affirmer solidaires de leur cause. Et la révolte implique la résistance. Une résistance dure. Mais c’est l’une des exigences de la non-violence de regarder l’oppresseur comme étant lui aussi un être humain qui porte lui aussi, au plus profond de lui-même, une requête de justice.
La non-violence consiste à combattre sans concession l’injustice tout en respectant l’humanité des hommes injustes. Non seulement ce respect de la personne de l’adversaire n’affaiblit pas la résistance, mais elle la renforce. La non-violence exerce une plus grande résistance à la violence en refusant de redoubler la violence. En restant sur le terrain de la justice, elle permet ainsi de concentrer la lutte contre l’injustice.
C’est pourquoi la non-violence ne veut pas renoncer à faire appel à la conscience et à la raison de l’oppresseur afin de réveiller en lui son humanité, de l’amener à rendre justice à l’opprimé. En ce sens, il s’agit bien d’inviter l’oppresseur non pas à choisir la non-violence, mais à renoncer à la violence, c’est-à-dire, pourrait-on… écrire, à se décider à la non violence. Mais, selon toute probabilité, les oppresseurs seront parfaitement insensibles à ces appels. Ils resteront sourds aux arguments de l’opprimé et refuseront de se laisser convaincre. Ils voudront défendre leurs intérêts et leurs privilèges par tous les moyens de la violence dont ils disposent. Ce faisant, ils sont dans leur logique. Et elle est intraitable. C’est la logique de la toute puissance.
Cependant ces invitations à la non violence, ces appels à la conscience et à la raison des oppresseurs ne sont pas nécessairement voués à rester totalement vains. Au sein même du groupe des oppresseurs, certaines personnes seront probablement ouvertes à ces appels et prendront conscience de l’injustice faite aux opprimés. L’expérience montre que dans les conflits les plus durs, certains qui appartiennent à la communauté des oppresseurs se désolidarisent des leurs, entrent en dissidence et se font les avocats de la cause des opprimés. Certains n’hésiteront pas, en prenant pour eux-mêmes les plus grands risques, à résister ouvertement à la politique d’oppression menée par leur communauté en mettant en œuvre les moyens de l’action directe non-violente. D’autres, pour des raisons pragmatiques, pourront se laisser convaincre qu’il est de leur intérêt bien compris de trouver un compromis avec le camp adverse. Les uns et les autres peuvent alors jouer un rôle décisif dans l’évolution du conflit en favorisant la recherche d’une solution constructive.
Or, précisément, la violence des opprimés risque fort d’annihiler les efforts des dissidents qui se lèvent parmi les oppresseurs. C’est l’une des caractéristiques de la violence de susciter un esprit de corps parmi les membres du camp adverse et de tendre à souder celui-ci en un bloc uni. C’est un fait dûment établi que la violence discrédite la cause la plus juste et la rend difficile à défendre. Car la violence porte en elle une part irréductible d’injustice. En revanche, la non-violence des opprimés ouvre à ces dissidents un espace dans lequel ils peuvent faire valoir le bien-fondé des exigences des opprimés.
En définitive, c’est le simple réalisme qui conseille aux opprimés de choisir la non-violence, parce que la capacité de violence des oppresseurs est toujours démesurément plus grande que la capacité de violence des opprimés. En choisissant la violence, les opprimés viennent se situer sur le terrain où les oppresseurs sont les plus et les mieux armés. En choisissant la violence, les opprimés ne pourront que provoquer un surcroît de répression de la part des oppresseurs en les enfermant dans leur logique de violence. Dès lors, pour lutter contre leur oppression, c’est un impératif catégorique pour les opprimés de déjouer la répression des oppresseurs.
En définitive, c’est la résistance non-violente des opprimés qui est le meilleur moyen de « prôner la non violence aux oppresseurs ».
* Philosophe et écrivain, Jean-Marie Muller est le porte-parole national du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN). Dernier ouvrage paru : Dictionnaire de la non-violence (Le Relié Poche).

Ecologie
Ah, qu’il est difficile d’être écologiste devant un beau jambon !

“Il faut que la Raison, l’Intuition, tous les ministres de la Conscience, du Sens, du Goût, le président de l’Assemblée des Désirs et les grands représentants de la Gourmandise, du Budget, du Travail, enfin
toutes les « Parties » du moi puissent trouver un accord définitif entre elles.”
André Abreu de Almeida – 11 avril 2010

Hier soir en faisant mes courses au supermarché du coin, entre deux réflexions écologiques sur la charcuterie française et sur le saumon de Norvège, j’ai pu enfin renouer avec une idée que m’était venue à Copenhague pendant les sept heures d’attente que j’ai dû déguster sous la neige pour essayer de rentrer dans la fameuse conférence climatique dite COP 15.

En fait, il va falloir que j’organise ma COP à moi ! Je ne peux plus attendre ni l’ONU, ni l’Europe, ni Obama, ni Lula, ni les gouvernements. J’ai besoin d’en finir avec mes prises de tête intérieures sur le saumon d’élevage, sur les origines illégales du thon rouge. Je ne veux plus de doutes devant le rayon de tomates irriguées d’Espagne, devant les bouteilles de jus d’orange trafiqué de Californie. Basta du désordre, il faut que la Raison, l’Intuition, tous les ministres de la Conscience, du Sens, du Goût, le président de l’Assemblée des Désirs et les grands représentants de la Gourmandise, du Budget, du Travail, enfin toutes les « Parties » du moi puissent trouver un accord définitif entre elles.

Toutes sont d’accord : nous ne pouvons plus nier que notre mode de vie « industrielle » alimente la surconsommation et la pression sur les ressources naturelles, cause principale du réchauffement, du changement climatique et aussi des inégalités sociales. Oui, je dois donc changer mes modes de consommation et d’alimentation, mon rapport avec les sacs et les emballages, mes déplacements et ma voiture, la gestion de ma maison et surtout mon rapport avec l’argent.

Oui, parce que de l’autre côté la pression monte du coté de la conscience collective : après le succès des films d’ecolo-fiction « La vérité qui dérange », « Le Grenelle de l’environnement » et « Home », après le retour de Dany et le score d’Europe Ecologie aux européennes, les écolos sont de plus en plus armés, et ils ont raison. Ils ciblent à nouveau les carnivores avec la récente sortie du livre écolo « Bidoche ». Forts de ce nouveau document-choc, mes amis végétariens ont brandi des nouvelles menaces face à ma consommation encore importante de viande.

Oui, je sais. Il faut réduire, je sais. Mais là il faut que j’avoue qu’il s’agit d’un terrain où les négociations seront très difficiles : les élus les plus populaires de la Faim continuent en fait d’avoir largement plus d’influence que les hauts représentants de l’Ethique. OK donc : le fameux steak frites de la brasserie d’à côté de mon bureau est encore une priorité à midi et ne devra pas se voir menacé. Ouf ! Mais par contre la Gourmandise devra faire preuve de responsabilité et modération le soir pour éviter les charcuteries avant le dîner. Avec les nouvelles révélations sur les effets de la suinoculture dans le dossier de la nappe phréatique en Bretagne, les lobbies anti charcuterie sont en train de monter en puissance, grâce à l’appui de ma Conscience Ethique, très forte en ce moment dans le domaine de l’eau, symbole majeur de la planète en danger.

Dans l’opposition, mes forces épicuriennes ont par ailleurs émis des réserves face au manque de jambon et de saucisson sec à la maison en période de grand froid. Mais il semblerait que la décision de réduire la charcuterie va être maintenue, ou se limitera seulement aux saucisses de Strasbourg avec les enfants et à un bon jambon fumé (bio) du Jura récemment découvert parmi les cochonneries bretonnes qui dominent les rayons du supermarché du coin.

Sur un autre terrain de négociations, le Ministre de la Conscience Professionnelle a déclenché une grave crise diplomatique contre les nouvelles résolutions concernant la Santé. Il refuse d’accepter la décision d’éteindre les lumières et de dormir plus tôt, par crainte de perdre des horaires nocturnes pour la recherche et pour la révision des textes. Les juges du Portefeuille Economique sont aussi inquiets avec ces résolutions qui demanderont des nouvelles dépenses de santé – notamment avec le cours de yoga et la piscine deux fois par semaine – ce qui augmentera encore plus le déficit dans mon Budget mensuel. C’est vrai que depuis des mois que la Raison Economique lance des alertes, les découverts bancaires sont à chaque fois plus élevés, notamment avec le froid intense, les nouvelles dépenses au magasin bio et grâce aux dettes venant des travaux réalisés pour installer le double vitrage avant l’hiver. Même si le Ministère de l’Intelligence assure que ces investissements auront des retours au long terme, il faut avouer que la dégradation de l’état de mon compte en banque est un facteur qui complique les négociations, notamment dans un contexte de récession et de crise du marché du travail. La crise économique et les déficits risquent en effet de menacer frontalement certaines résolutions demandés par la Conscience Ethique de Consommation depuis pas mal de temps, comme la fin des courses au supermarché hard-discount, le boycott aux produits Nestlé, la priorité totale à la fromagerie artisanale face aux laitages industrielles, juste pour citer quelques points phares de mes décisions prises à la fin de l’année 2009.

Contre toute attente, les négociations sont dures aussi pour la question du recyclage. Si les experts de l’Intelligence Rationnelle peuvent argumenter parfaitement sur le besoin de recycler les déchets et de ne pas gaspiller la nourriture, la Raison Pratique demande par ailleurs beaucoup d’attention pour ne pas passer trop de temps à séparer des emballages et à laver des barquettes, histoire de ne pas menacer l’emploi du temps pour le travail nocturne.

Enfin les représentants de la Paresse – souvent absents et sous-estimés – continuent malgré tout d’avoir une forte influence, surtout en période d’hiver et notamment après le dîner, où la gestion des déchets devient plus difficile après quelques verres de vin. Pour compliquer un peu plus la situation, même la Raison Politique est venue récemment soutenir la paresse avec des infos chocs sur la mauvaise gestion des déchets recyclables par les entreprises privés, notamment à Marseille mais aussi à Paris où les opérateurs des incinérateurs de déchets brûlent joyeusement des tonnes de papier, cartons et plastiques – au lieu de les recycler – pour aider à faire disparaitre les déchets « non recyclables ».

A la maison aussi certains lobbies internes résistent même aux consignes les plus simples d’économie d’énergie. La Perception refuse d’accepter les nouvelles lampes blanches à baisse consommation : trop froides, ambiance pas chaleureuse, en fait ça ne plait pas du tout dans l’Assemblé des Sens. L’Esprit Artistique – qui n’a jamais apprécié cette lumière blanche – est bien d’accord pour soutenir la Perception. Donc, pour l’instant, pas question de virer les ampoules jaunes normales. Plus récemment le Ministère de l’Intelligence a demandé un test avec des ampoules LED, avec plein d’arguments pertinents et intéressants, mais pour l’instant le Portefeuille Economique bloque la proposition : ces technologies vertes sont encore trop chères pour un militant classe moyenne de la banlieue, donc il va falloir attendre un peu pour suivre la tendance des quartiers parisiens.

Sur la question du chauffage, apparemment avec des enjeux plus consensuels, les négociations sont hélas aussi très dures. Les représentants de la Santé et du Bien Etre refusent les quotas de réduction de température proposés par la Conscience Collective. Ils argumentent que l’hiver est rude et qu’en légitime Brésilien de Rio, je ne serai jamais à l’aise avec une température interne de moins de 25° chez moi. Les divers sentiments représentant la « Saudade du pays brésilien » sont aussi farouchement contraires à toute réduction de température. Ils insistent que la température idéal est de 28°. Mais cette demande ne semble pas très réaliste en France, surtout parce que de son côté la Conscience Ecologique est soutenue par l’Autorité des Finances, qui pointe du doigt mes vieux radiateurs électriques comme cause principale des factures d’électricité très élevés.

Côté transport, les choses ne sont pas plus simples. Les différends portent surtout sur les demandes ambitieuses de la Conscience Ecologique sur l’achat d’une voiture moderne plus économe que ma vieille Coccinelle année 72, très sympa mais définitivement condamnée par ces époques qui ne jurent que par l’injection électronique, les biocombustibles ou les moteurs électriques. Mais attention, ici aussi les voix qui représentent le domaine affectif organisent une opposition farouche. En effet elles restent très attachées à la vielle voiture rondelette avec son charisme sans pareil, surtout si on la compare à la pléthore de caisses modernes sans âme qui se ressemblent toutes. Et surtout face aux pressions de la Conscience Sociale qui s’enflamme contre l’industrie automobile, refusant toute achat de voiture nouvelle pour ne pas alimenter cette puissante industrie qui a englouti plus de six milliards d’argent public en subventions l’année dernière, sans parler des licenciements et délocalisations de Renault et PSA en Turquie et en Roumanie. Alors, tous comptes faits, avec ou sans vignette écologique, je devrais plutôt garder ma veille caisse en attendant que les constructeurs automobiles montrent des vrais signaux de changement.

Oui, je dois avouer : même avec ma ferme décision d’organiser ma COP 15 à moi, tout seul, je n’ai pas trouvé le consensus espéré parmi mes différentes « parties ». Mais quelques mois après Copenhague, et avec le recul, je crois avoir trouvé les sources du problème. En fait nous essayions de trouver un consensus pendent l’hiver (rude) et en Europe, sous un climat de grand froid, de crise sociale. Nous étions tous réunis pour parler de réchauffement… sous un climat très froid avec des tempêtes de neige abondantes !

Alors une fois rentré au Brésil, sous le soleil et sans crise économique, les choses me paraissent bien plus simples. La plage est gratuite, la mer est bonne, la bière pas chère et la musique est partout dans la rue. Les gens se touchent et se parlent, s’échangent des choses, vivent ensemble, même si l’argent est rare. Cela change tout. Pour comprendre le futur, il faut voir le monde depuis le sud, où il fait bon vivre, mais où les gens sont pauvres. Oui mais, de quoi vraiment sommes-nous pauvres ? quelles sont les richesses que nous devons préserver ? Questions pour nous tous qui voulons construire un futur possible pour nos enfants.

Après l’échec de Copenhague, la négociation officielle devient très compliquée, même Yvo De Boer l’a avoué, et Sarko qui enfonce le clou avec son « l’écologie, ça commence à bien le faire ». Mais ne désespérons pas, au moins nous avons une bonne nouvelle : la COP 16 ne se déroulera pas sous la neige, mais au Mexique, sous le soleil de Cancun ! Au moins cette fois-ci, on ne gèlera pas pendant qu’on fait la queue pour rencontrer les officiels. Et peut-être que, regardant le monde sans le rideau de fumée tiré par nos héros écolos européens – les Barroso, Sarko, Borloo, Jouanno, comme disait Marc Jolivet – mais avec une vision progressiste et pragmatique tirée par les acteurs du sud – nous pouvons espérer une meilleure issue. Viva Mexico, même si , franchement, je n’attends plus grand-chose.