(A Bayonne) Un camp du refus : comme en Espagne, les Indignés ont planté hier les tentes contre le « système »

Infos du camp : Tous les jours Assemblées Générales à 10h pour le fonctionnement du camp, et à 19h pour les messages et revendications.

Article de Pierre Penin, sur le Sud Ouest du 26 mai, consultable en ligne ici.

Les Indignés ont planté hier les tentes contre le « système ».

Difficile de prédire ce que deviendra le mouvement dans les jours à venir. S’il peut approcher l’ampleur des protestations espagnoles dites du 15 mai (ou 15-M) qui l’ont inspiré. Mais ceux qu’il faut appeler les Indignés de Bayonne ont réuni plus de 150 personnes, hier, place de la Liberté à Bayonne. En une brève manifestation ils ont gagné le mail Chaho-Pelletier, vaste esplanade enherbée propice à déployer leur campement protestataire, « contre le système et ses inégalités, son déficit de démocratie ».

Les Indignés ont épousé l’injonction de Stéphane Hessel (1), titre de son petit livre au succès retentissant : « Indignez-vous ! » (Indigènes éditions). Le mouvement est en France le pendant de Democracia Real Ya (Démocratie réelle maintenant). Comme lui, il ne revendique pas de leader, se base sur « des assemblées générales citoyennes ». Avant même de déployer les premières tentes en bord de Nive, un campeur-manifestant prend le mégaphone pour le préciser : « On va faire une première AG pour que les gens puissent dire ce qu’ils veulent mettre dans le mouvement. »

« Ras le bol »

Olivier et ses quatre potes le savent bien, ce qu’ils veulent y « mettre ». Quand l’appel à se réunir hier, premier jour de la réunion du G8 à Deauville, a circulé sur Internet, ils n’ont pas hésité : « C’était clair tout de suite, j’en suis. Parce qu’il y a un ras-le-bol général. On vient dire un rejet du capitalisme, de l’exploitation des travailleurs, du chômage, du logement hors de prix… »

Il y a dans ces dizaines de personnes des militants chevronnés, habitués des cortèges. Et d’autres, comme Audrey, étudiante, qui font « un truc pareil pour la première fois ». « Parce que je me dis que c’est maintenant ou jamais. On voit les révolutions dans le monde, en Tunisie et ailleurs. Il se passe quelque chose. » Palpitations de jasmin. La jeune femme ne développe pas l’argumentaire assuré d’Olivier, mais elle a ce sentiment diffus de souffrances et d’injustices.

81 ans

Une vieille dame est assise sur un banc. « Vous êtes ici avec les Indignés ? » hasarde-t-on. « Et pourquoi d’autre ? » Genny a 81 ans : « Je lâche pas le morceau », balance-t-elle. « Je suis là pour les jeunes. J’ai besoin de m’indigner aussi quand je vois ce monde qui va mal et ne fait pas de place à la jeune génération. Et puis on se moque des faibles, on préfère défendre les banques. » Genny va-t-elle camper ? Un sourire malicieux : « Qui sait… J’ai pris mes médicaments avec moi, au cas où… »

Matthias pourrait être son petit-fils. Il déplie sa tente, aidé d’un pote. « C’est ma maison, ici, maintenant. J’habite à Anglet, mais je vais dormir ici. Demain, j’irai au boulot et je rentrerai ici le soir. » Il a 31 ans, bosse pour « une grosse entreprise » du coin. « Je vois bien dans mon boulot que c’est toujours plus de productivité. Le système nous pousse et au final c’est toujours plus de précarité et d’inégalités. On vote, oui, mais c’est un leurre au final. Le système demeure. »

Une dizaine de tentes seront bientôt dressées et… une yourte ! Là pour une durée indéterminée. En marge du campement, une banderole invite : « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. »

(1) Résistant de la Seconde Guerre mondiale, coauteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, avec le Bayonnais René Cassin.

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